Nous allons voir que si la qualité de ses vieilles images nous permettaient de zoomer, on constaterait que les édifices n’étaient pas comme ils semblaient l’être.
Les expositions universelles font couler beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux.
Les commentaires vont bon train:
« C’est impossible qu’au XIXe siècle qu’avec une brouette, une pioche et marteau ils ont pu construire de tels bâtiments ».
» Quel gâchis, ces édifices magnifiques en pierre de taille , démontés après l’exposition »
« L’éclairage était fourni par l’énergie libre » etc…
Au premier regard ce sont ces immenses palais en pierre de taille qui interpellent
Je dois reconnaître que moi le premier, j’ai été révolté devant ces magnifiques palais détruits et sceptique sur l’accomplissement de tels constructions.
N’oublions pas que l’Europe était en pleine révolution industrielle. Chaque pays voulait montrait ses nouvelles technologies et les expositions universelles étaient la bonne occasion pour se faire connaître et conquérir des marchés. Au fur et à mesure de ces expositions, chaque pays organisateurs voulaient afficher sa supériorité au reste du monde d’où la démesure de ces manifestations.
Quelques réponses
« C’est impossible qu’au XIXe siècle qu’avec une brouette, une pioche et marteau ils ont pu construire de tels bâtiments ».
N’oublions pas qu’à cette époque les moyens humains et mécaniques existaient comme aujourd’hui
– Il y avait des engins de chantiers
– Le transport s’effectuait par le chemin de fer
– Le moteur à vapeur existait depuis la fin du siècle précédent
» Quel gâchis, ces édifices magnifiques en pierre de taille , démontés après l’exposition »
Le fer et le bois étaient largement utilisés pour l’armature surtout pour les grands édifices mais pour les habillages, décorations ont utilisé le staff, mélange de plâtre et de fibre.
Un peu d’histoire sur la machine à vapeur.
En 1679, Denis Papin étudie la pression des gaz avec une sorte de cocotte minute.
En 1712, l’anglais Thomas Newcomen met au point la première machine à vapeur.
Mais c’est en 1885, que l’anglais James Watt utilisa la pression de la vapeur pour améliorer le fonctionnement de la machine
Autant dire que toute sorte de machines existaient pour les travaux difficiles. Grues, ponts roulants. scieuses, raboteuses, perceuses, cintreuses, riveteuses…
Le chemin de fer
Avant l’arrivée de l’automobiles le transport s’effectuait par le chemin de fer.
Pour toutes les expositions universelles des stations de chemins de fer se trouvaient en périphérie du parc pour les visiteurs et pour l’acheminement du matériel au début et à la fin de l’événement. Et des tronçons de rails étaient posés rapidement au plus près des bâtiments pour gagner du temps et ménager les efforts
A cette époque, les prouesses architecturales étaient attribuées à l’homme alors que maintenant c’est à la machine.
Les architectes et les ingénieurs étaient des génies, les ouvriers étaient beaucoup plus performants que maintenant, mais l’envers du décor, c’était dans des conditions de pénibilité extrême avec de très mauvais salaires et avec un seul jour de repos. Avec le syndicalisme et le droit de grève ce fut une période de lutte acharné du prolétariat pour avoir de quoi nourrir sa famille.
Gustave Eiffel a eu droit à des grèves pour la construction de sa tour, et toutes les expositions universelles ont été entachées de conflit avec les ouvriers.
Tout sur le staff.
Extrait du livre « Les travaux de l’expo de 1900 » de A. Da. Cunha
Les monuments en Staff e l’exposition
Le triomphe du plâtre
« Disons deux mots sur le staff, cette composition dont il est tant parlé au sujet des palais de l’Exposition. Le staff est un mélange de toile d’emballage et de plâtre; il est d’une solidité merveilleuse et remplace avec beaucoup d’avantage les modèles en plâtre pur. Son usage est très facile et à la portée de tous; de plus, il permet d’avoir des moulages creux dont la légèreté est extrême; enfin, si par un accident quelconque la statue ou le motif de décoration en staff vient à se casser, les filaments de l’étoffe retiennent le plâtre et permettent un raccordage auquel il ne faudrait pas penser si l’on avait affaire à un objet uniquement en plâtre; ce dernier en se brisant tombe et s’effrite, rendant tout replâtrage impossible. Pour obtenir un modèle en staff, il faut avoir un moule en creux de l’objet à reproduire. On commence par le savonner intérieurement et par passer des couches d’huile, afin de faciliter le démoulage ultérieur. On passe ensuite un lait de chaux assez léger qui constituera la surface extérieure du modèle ; on n’attend pas que ce plâtre ait pris complètement- et on applique des morceaux de toile qu’on a préalablement trempés dans de la chaux; ceux-ci font corps avec les fils pour former un tout très compact; le staff épouse la couche de plâtre préalablement fixée et forme avec elle une croûte très intime d’un centimètre environ d’épaisseur. En dernier lieu, et afin de consolider le système, on fixe des morceaux de bois entrelacés qui soutiennent les éléments du modèle et constituent l’ossature même de la statue. On attend que le tout ait bien pris et on démoule. Très souvent on emploie du chanvre ou de l’étoupe au lieu de la toile d’emballage, le mélange prend alors le nom de « torchis » ; mais la plupart du temps on continue à l’appeler également « staff » comme l’autre composé. Le staff ne sert pas seulement à l’exécution des motifs de décorations provisoires comme ceux des palais de l’Exposition, on l’emploie beaucoup pour les intérieurs des édifices définitifs ; les moulures, les rosaces, etc., des appartements sont généralement faites en staff; toute la décoration de la salle et du foyer du grand Opéra de Paris est en staff recouvert de peintures et de dorures ».
Légéreté des ossatures des bâtiments de l'exposition de Chicago en 1893
Quelques extraits de commentaires de ce matériaux peu couteux
Livre: "Essai historique sur les expositions universelles de Paris" de Adolphe Démy 1907
Le fer avait cédé la place à de nouveaux matériaux. « Le ciment armé, le stuc et le staff, sont les matériaux de construction qu’on trouve le plus abondamment répandus dans l’Exposition. Parfois on semblait n’avoir jeté à terre les édifices de 1889 que pour les reconstruire; avec des plâtres à la mode…
Livre: "Expo 1900 à Paris" T2 d'Alfred Picard
Les travaux de staff embrassaient la totalité de la décoration architecturale extérieure et intérieure. Aucune moulure ne fut exécutée en plâtre ni traînée au calibre. Les surface» des murs étaient livrées aux staffeurs entièrement nues et munies seulement des dispositifs nécessaires pour l’accrochage. Ces entrepreneurs devaient pourvoir à la préparation des modèles et maquettes, à la confection des moules et épreuves, à la mise en place avec les raccords voulus…
Livre "The book of the fair " V1 de Hubert Howe Bancroft Chicago 1893
« Pour la charpente de bâtiments immenses, bien que temporaires, doit bien entendu être largement utilisée en fer et en bois ; mais pour les habillages, décorations murales et autres travaux ornementaux et accessoires, il faut trouver une substance qui serait à la fois peu coûteux, en plastique et durable. Toutes ces qualités étaient réunies dans une combinaison de plâtre de Paris avec du jute ou une autre fibre, ressemblant à un stuc et communément appelé bâton, facilement fabriqué et manipulé, facilement moulé et coloré, et tel qu’il a permis aux architectes de compléter leurs conceptions à petit coût, tout en donnant à leurs structures toute la stabilité requise. »
Livre: " Paris Exposition 1900 Guide pratique du visiteur Hachette "
L’exposition de 1900 est la revanche, le triomphe de la pierre, ou si l’on préfère, de l’aspect de la pierre, puisque le plus souvent c’est le plâtre qui en offre l’apparence. En 1869, c’était la force, c’était le fer qui dominait. Aujourd’hui c’est la pierre alliée au stuc, — c’est aussi la puissance, mais c’est surtout la grâce.
Livre "L'expo de Paris 1900 . Encyclopédie du siècle" T2
Ce bois a été habillé de métal déployé, c’est à dire d’une tôle mince, percée à la machine d’ajours losangés, et qu’on étire au laminoir de façon que la feuille de tôle, en sortant des cylindres compresseurs, ressemble à une toile métallique, dont les mailles sont réduites. Cette tôle très souple, se cloue, avec des pointes doubles, sur les bois de soutien. Les maçons jettent leur plâtre qui grippe sur le métal, et qui, sous une minime épaisseur, forme parement ou moulure. Le métal déployé a remplacé les lattes et les clous à bateaux, autrefois employés pour le même usage, et qui, exigeant une grande quantité déplâtré, coûtaient plus cher que le nouveau procédé.
Livre 'L'exposition du siècle" de A. Quantin. Très critique
L’auteur fait un comparatif entre le Petit et Grand Palais en pierre de taille et les bâtiments de l’esplanade des Invalides à l’exposition de 1900
« Ces façades tapageuses, ces tours ajourées, cette floraison de miradors et de clochetons, cet assemblage de style rococo, baroco, toutes et autres dénominations de la fantaisie architecturale, donnaient une note qui leur faisait pardonner le cauchemar de leurs lignes, celle de ne devoir durer qu’un moment.
A bien prendre, ce n’étaient point des palais, mais des maquettes de palais à grandeur d’exécution. Les audaces y étaient permises, s’y présentant à l’état d’essais. Tout devant disparaître, on perdrait le souvenir des fautes et les parties réussies…. »
Les constructions permanentes des expositions
L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS. 1855
Le palais de l’industrie d’une superficie de 20 000 m2 construit en pierre de taille sur armature en fer a hébergé de nombreuses expositions et utilisé en annexe pour les expositions universelles de 1867, 1878 et 1889. Malheureusement ce bel édifice a été démoli pour laisser place à l’actuel Petit et Grand Palais pour l’exposition de 1900.
L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE MELBOURNE 1880-1881
Le palais Royal des expositions de 12 000m2 construit en briques, fer, bois et ardoise a échappé à la démolition en 1947. Une des ailes a été démoli en 1970 mais en 2004, il fut le 1er bâtiment australien à être nommé site du patrimoine mondial de
l’UNESCO.
L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS. 1889
Le contrat d’exploitation de la tour Eiffel étatit de 20ans, ensuite elle devait être démontée.
Il aura fallu attendre la fin de la 1ère guerre mondiale pour que tout projet de démolition soit abandonné.
Pour la galerie des machines, la littérature sur l’exposition la citait comme monument unique au monde et que personne pouvait admettre que ce chef d’œuvre ne puisse durer que 6 mois. Il a été démoli en 1909.
























