Le Creusot. L'empire de la famille Schneider
Au coeur du bassin houiller de la Saône-et Loire, le village Le Creusot a pris son essor vers 1770.
En 1836, les frères Adolphe et Eugène Scheider font l’acquisition de tous les bâtiments du Creusot et créé la société Schneider frères et Cie.
Les usines du Creusot avec les hauts fourneaux, forges et ateliers de construction, façonnaient le fer , la fonte et l’acier et fabriquaient locomotives, rails et divers matériels de chemin de fer, infrastructures pour les édifices et ponts, canons et tous matériels d’armement.
Le Creusot est ainsi appelé parce qu’il est situé dans le creux d’une vallée. Là c’est établie une des plus grandes usines de l’Europe, dont on voit dans la gravure les cheminées fumer. Autour de l’usine s’est bientôt groupée toute une population d’ouvriers: une ville s’est ainsi formée, qui compte maintenant 32 000 habitants et s’accroit sans cesse.
En 1854, il y avait 390 habitations, en 1866, il y avait 1870 habitations
Guy de Maupassant arrivant en train au Creusot
« Là-bas, devant nous, un nuage s’élève tout noir, il semble monter de la terre.
C’est la fumée du Creusot. Cent cheminées géantes vomissent dans l’air des serpents de fumée noire, d’autres crachent de la vapeur blanche. Tout cela couvre
la ville, emplit les rues, cache le ciel. Il fait presque sombre maintenant. Une poussière de charbon pique les yeux, tache la peau, macule le linge. Les maisons sont noires, les pavés sont noirs, les vitres poudrées de charbon. Une odeur de cheminée flotte dans l’air, avec parfois une saveur de fer, de forge, de métal brûlant qui coupe la respiration. C’est le Creusot. C’est le royaume du Fer, où règne sa majesté le Feu ! »
Source: Le journal Gil Blas en 1883
« Cet établissement est une des « merveilles du monde », la première partie de son existence a été marquée par une série de revers inouïs qui ne cessèrent qu’avec la prise de possession par MM. Schneider. Depuis lors, habilement dirigé, le Creusot a non-seulement marché constamment en tête du progrès industriel de notre pays, mais aussi lutté avec avantage contre les usines étrangères les plus renommées.
Daubenton. 1793
Les hauts fourneaux
Un haut fourneau. – Les hauts fourneaux sont des
espèces de tours qu’on remplit par le haut de minerai de fer. Une fois que le haut fourneau est allumé, on le remplit jour et nuit sans interruption pour avoir la plus grande chaleur possible, jusqu’à ce que les murs usés se fendent et éclatent A mesure que le fer se fond, il tombe en dessous, dans un réservoir.
Quelques chiffres en 1874:
– Production annuelle: 190 000 tonnes
– Fours à coke: 424
– Hauts fourneaux: 13
– Nombre d’ouvriers: 780
Le moulage
Ouvriers coulant la fonte dans un moule. – Cet énorme vase en tôle qui est suspendu à une grue, et que manient à grand peine deux ouvriers, peut contenir des milliers de kg de métal fondu. On verse le métal dans une ouverture qui communique avec un moule creux placé sous la terre.
Ainsi se fondent les cloches, les canons et tous les gros objets en fer ou en fonte.
Le marteau pilon
Mis en service en 1877, le marteau pilon du Creusot fut jusqu’en 1891 le plus puissant du monde.
Le bruit émis par la violence de ses coups était entendu à 10 km à la ronde.
D’un poids total de 545 tonnes pour une hauteur de 21 mètres, sa force de frappe était de 500 tonnes.
Démonté dans les années 1930, il parade depuis 1969 à un carrefour au sud de la ville.
Mais dans la grande forge, 18 marteaux pilons étaient en fonctionnement
Quelques chiffres de production en 1867
1881 Le Creusot Atelier d’usinage
1836: 40,000 tonnes de houille et 60,000 tonnes de fer/an
1847: 20,000 tonnes de fer/an
1860: 40 000 tonnes de fer /an
1867: 200,000 tonnes de houille, 300 000 tonnes de minerai, 130 000 tonnes de fonte et 100 000 tonnes de fers et tôles/an
Livraison depuis la création:
1 100 locomotives
125 marteaux pilons
168 Appareils de marine
630 machines
Le Creusot et les expositions universelles
PARIS 1900
Le pavillon Schneider, Le Creusot était situé le long de la Seine sur la rive gauche
L’immense dôme faisait 43m de diamètre et était surmonté d’un campanile de 12m de diamètre. Des canons de différentes tailles rappellent la fortification d’un fort cuirassé.
Au sous-sol se trouvaient les locomotives, au rez-de-chaussée dans la coupole le matériel d’artillerie et dans le campanile une exposition de cartes, plans et photographie.
PARIS 1867
En abordant le jardin du Champ de Mars par la porte de l’Université, et prenant l’avenue dite de Bourgogne qui commence à cette porte, on rencontre immédiatement sur la gauche un édifice d’heureuse construction, où est inscrit le nom de Creusot. Cette usine est si importante, qu’elle a dû, comme quelques-unes de ses rivales ouvrir une exposition dans l’Exposition même. Si nous jetons un coup d’oeil autour de l’édifice, nous y lisons les inscriptions suivantes :
Houillères, mines de fer, fonderies, forges , ateliers de construction.
Source: L’exposition universelle de 1867 illustrée Tome 1
La dynastie de la famille Schneider
Co-fondateur avec Adolphe Schneider
Meurt en 1845 suite à un accident
Fils d’Eugène Schneider
Petit fils d’Eugène Schneider
Arrière petit fils d’Eugène Schneider
Issus de l’aristocratie française les frères Adolphe et Eugène Scheider reprennent en 1836 tous les bâtiments du Creusot et créé la société Schneider frères et Cie.
En pleine révolution industrielle, l’usine s’impose dans le matériel ferroviaire, infrastructures pour les édifices et ponts, canons et les matériels d’armement.
C’est Eugène Schneider qui dirigera seul la société après la mort accidentelle de son frère en 1845.
Il occupera différents postes, membre du conseil général de la banque, de France, maire, député et ministre de l’Agriculture et du Commerce. Proche de Napoléon III, après la chute du Second Empire en 1870, il cède sa place à son fils Henri.
Plus paternaliste que son père, il sera plus proche des ouvriers en cette période de conflits sur les conditions de travail. Il fonde l’hôpital du Creusot et créé un système de retraite et des logements pour les ouvriers . Il occupera les postes de maire, conseiller général et député. C’est son fil Eugène II qui lui succédera à son décès en 1898.
Il créera des écoles, ouvrira des crédits au personnel, ce qui ne l’empechera pas d’être confronté à des mouvements de grève en 1899. Il crééa de nombreuses succursales en France et à l’étranger. Il occupera également les postes de maire et député. A sa mort en 1942, ses fils se retrouvent à la tête de la société
Dès 1921, ses fils Charles et Jean Schneider occupaient un poste fictif dans la société. Des conflits surgissent entre les frères et leur père. Charles quitte le groupe et s’oriente vers l’industrie cinématographique. Son frère meurt en 1844. Charles menera la reconstruction des usines bombardées par les allemands en 1943 mais les conflits avec les syndicats l’éloigneront du Creusot. En 1949 Charles créé une holding composée de 3 nouveaux groupes. Il fut le fondateur du journal L’Express.
Le 12 décembre 1984, Didier Pineau-Valencienne, PDG du groupe et PDG du groupe Schneider SA prononce la liquidation judiciaire. C’est la fin du Creusot. Le journal de Saône et Loire
Le Creusot et les grèves
LES GREVES DE 1870
En 1869, Eugène Schneider certes paternaliste, n’accepte pas que l’on s’oppose à lui, des licenciments abusives, une élection d’une gestion ouvrière contestée, les ouvriers se mettent en grève et le préfet fait intervenir 3 000 soldats pour la reprise du travail.
Deux mois plus tard, nouvelle grève contre une baisse des salaires, l’armée intervient, nombreuses arrestations. Intervention des gendarmes, les femmes s’interposent, des centaines de mineurs sont licenciés. La France entière suit le conflit renforcant le mouvement ouvrier.
Eugène Schneider ne cède pas , les ouvriers reprennent progressivement le travail avec un malaise bien installé
La déclaration de guerre à la Prusse mettant fin au second Empire débouche sur l’insurrection de 1871. Eugène Schneider proche de Napoléon III et président du Corps législatif se fait huer à Paris aux cris de « À mort l’assassin du Creusot ! À mort l’exploiteur des ouvriers ! » déclenchera son exile en Angleterre.
Article
LES GREVES DE 1899 et 1900
Les grèves se succèdent en raison du surplus de travail face à l’afflux des commandes, les problèmes de salaire et le conportement des chefs à l’égard des ouvriers.
Un syndicat est créé. Eugène II cède aux revendications mais refuse le syndicat. Pour chaque manifestation, les militaires sont sur place, la France entière est derrière les ouvriers.
Une marche sur Paris est envisagée.
Face à la situation, le président du Conseil, Waldeck-Rousseau signe à
Paris entre les représentants des grévistes de l’usine et le gouvernement un décret prévoyant le respect des hausses de salaire accordées le 2 juin, le non-renvoi pour fait de grève, l’égalité de traitement entre syndiqués et non-syndiqués et introduit une innovation dans le droit français : l’institution de délégués ouvriers (ils ne seront généralisés en France qu’en 1936).
En octobre 1899, un syndicat patronal est créé attisant les conflit notamment un nouveau réglement stipulant que les ouvriers peuvent être renvoyés à tout moment, sans motif.
En juillet 1900, nouvelle grève liée au conflit entre les deux syndicats débouche sur de nombreuses arrestations, condamnations suivies d’une grâce présidentielle.
Suite à cela devant les échecs répétés du mouvement ouvrier, on estime entre 1200 et 1500 le nombre de renvois ou de départs volontaires réduisant de 2 000 , le nombre d’habitants de la ville du Creusot.
Article
Le Creusot expliqué à deux enfants
Extrait du livre » Le tour de France de deux enfants » de G. Bruno de 1877
Après une longue journée de marche le petit Julien tendit les bras :
Oh ! voyez, monsieur Gertal
Regarde, André ; là-bas, on dirait un grand incendie ; qu’est-ce qu’il y a donc?
Tous écoutèrent immobiles. Dans le grand silence de la nuit on entendait comme des sifflements, des plaintes haletantes, des grondements formidables. « Nous sommes en face du Creusot, la plus grande usine de France et peut-être d’Europe. Il y a ici quantité de machines et de fourneaux, et plus de 10 000 ouvriers qui travaillent nuit et jour . C’est de ces machines et de ces énormes fourneaux chauffés continuellement que partent les lueurs et les grondements qui nous arrivent. Il y a 3 grandes usines distinctes dans l’établissement du Creusot : fonderie, forges et ateliers de construction et mines ; mais voyez, ajouta-t-il en montrant des voies ferrées sur lesquelles passaient des locomotives et des wagons pleins de houille, chacune des parties de l’usine est reliée à l’autre par des chemins de fer; c’est un va-et-vient perpétuel.
Examine d’abord, en face de toi, ces hautes tours de 15 à 20 mètres : ce sont les hauts fourneaux. Une fois allumés, on y entretient jour et nuit un feu d’enfer. C’est pour fondre le minerai de fer. Quand le fer vient d’être retiré de la terre par les mineurs, il renferme de la rouille et une foule de choses, de la pierre, de la terre ; pour séparer tout cela et avoir le fer plus pur, il faut bien faire fondre le minerai. A cette chaleur énorme, le fer et les pierres deviennent liquides, mais le fer, qui est plus lourd, se sépare des pierres et tombe dans un réservoir situé au bas du haut fourneau. Les hauts fourneaux du Creusot produisent ainsi chaque jour plus de 500 000 kg de fonte. » Quand on eut bien admiré la fonderie, on passa dans les grandes forges. Saisissant de longues tenailles, les ouvriers retiraient des fours les masses de fer rouge ; puis, les plaçant dans des chariots qu’ils poussaient devant eux, ils les amenaient en face d’énormes enclumes pour être frappées par le marteau. Mais ce marteau ne ressemblait en rien à un marteau ordinaire c’était un lourd bloc de fer qui, soulevé par la vapeur entre deux colonnes, montait jusqu’au plafond, puis retombait droit de tout son poids sur l’enclume
« – Regarde bien, Julien, dit M. Gertal : voici une des merveilles de l’industrie. C’est ce qu’on appelle le marteau-pilon à vapeur, qui a été fabriqué et employé pour la 1e fois dans l’usine du Creusot où nous sommes. » On parcourut les ateliers de construction où se font chaque année plus de 100 locomotives; des quantités considérables de rails, des coques de bateaux à vapeur, des ponts en fer etc. « – Voyons maintenant les mines de houille, dit M. Gertal. Tout le bruit, tout le mouvement que tu vois ici est l’image du bruit et du mouvement qui se font également sous nos pieds dans la vaste mine de houille.
Sous la terre où nous marchons, sous cette ville de travail où nous sommes, il y en a une autre non moins active, mais sombre comme la nuit. On y descend par 10 puits différents. Il ont 200 mètres environ de profondeur, et on le creuse de plus en plus. Tout le long du puits on rencontre des galeries sur lesquelles il donne accès. Cette ville souterraine renferme des rues, des places, des rails où roulent des chariots de charbon que les mineurs ont arraché à coups de pic et de pioche. C’est ce charbon qui alimentera les grands fourneaux que tu as vus, c’est lui qui mettra en mouvement ces machines qui sifflent, tournent et travaillent sans repos. Puis, quand à l’aide de ce charbon on aura fabriqué toutes les choses que tu as vues, on les expédiera par le canal du Centre sur tous les points de la France ».

Le Creusot. Son histoire, son industrie
de Vadot Napoléon 1875



























