Gustave Eiffel et le scandale du Panama

L'histoire en quelques lignes

Ferdinand de Lesseps, dont la constructiondu canal de Suez lui donne une renommée mondiale se fait un honneur de construire le canal du Panama de 77km de long reliant les océans Atlantique et Pacifique. Etude baclée, travaux irréalisables , actionnaires ruinés, c’est la faillite débouchant sur un procès. Les américains reprennent la construction en 1903 jusque 1914.

La vérité éclate au grand jour le 20 novembre 1892

Le journal « La Libre Parole » par une série d’articles met en cause un vaste système de corruption mis en place par la compagnie de Ferdinand De Lesseps pour la construction du canal de Panama. Sont accusés des hommes politiques, des financiers, des journalistes et des entrepreneurs. G Eiffel ne sera pas épargné

Gustave Eiffel, le sauveur sera condamné malgré lui

6 ans après le début des travaux, Gustave Eiffel conclu un accord avec Ferdinand de Lesseps pour l’éxécution de 10 écluses  pour une navigation provisoire  et sauver la situation catastrophique du canal. Une somme de 18 millions de frs  versée à Gustave Eiffel le conduira devant les tribunaux.

Retour sur le projet pharaonique de Ferdinand de Lesseps

L’idée de relier les deux océans par un canal creusé en Amérique centrale remonte au XVIème siècle. Fin 1876, une expédition internationale initié par la France sillonne cette région étroite entre les deux océans et soumet son rapport pour différents projets de canal.
En mai 1879, le Congrès international d’études du Canal interocéanique s’ouvre devant 136 convives de différents pays dont 76 français. 11 projets étaient présentés dont 6 par l’isthme de Panama. 

Carte actuelle avec écluses

Ferdinand de Lesseps, fin limier avait tout prémédité, ayant convié des membres  acquis à sa cause. Son projet à niveau constant (sans écluses) fut retenu. 78: oui    8: non  12: abstentions  38: absents. Sachant que les  voix contre provenaient des membres de la Société des ingénieurs civils dont Gustave Eiffel, fervents défenseurs du projet avec écluses.  

1er mensonge de Ferdinand de Lesseps

le Congrès international avait évalué à 1,2 milliards de Frs le coût du canal et à 12 ans de travaux. Une souscription pour un capital de 400 millions de frs est lancée les 6 et 7 août 1879 divisée en 800 000 actions de 500Frs. 60 000 seulement seront vendues. Devant cet insuccès,  Ferdinand de Lesseps lance une grande campagne publicitaire autour du projet avec l’aide de la presse et des politiques et  un nouveau coût de construction était miraculeusement apparu de 512 millions de Frs et la durée était passé de 12 à 8 ans.  Une soucription de 300 millions trouve preneur et en février 1881 les travaux de percement peuvent commencer.

Devant la réalité du chantier

Cette région très escarpée est entourée de montagnes, de lacs, et de zones marécageuses.
L’excavation de millions de m3 de terre en sol instable était sans cesse revue à la hausse sachant qu’à certains endroits le niveau se situait à 26m au dessus  de la mer. 
Durant 6 mois de l’année les pluies torrentielles retardaient considérablement les 

travaux, le niveau de la rivière Chagres montait de plusieurs mètres en quelques heures. Beaucoup d’excavations ont subi des éboulements  dûes aux sols instables en raison des zones marécageuses, sables mouvants et des pluies torrentielles et anéantissant le travail effectué.
Mais le plus dramatique étaient les conditions de travail humaines et les maladies tropicales qui ont tué 20 à 25 000 ouvriers.
Ferdinand de Lesseps n’ a pas tenu compte de la typographie et du climat épouvantable de la région. On était pas en Egypte, le canal de Suez s’est réalisé sur un terrain plat et désertique.
Bilan, en 1887, 6 ans après le début des travaux, le journal New York Hérald infome que le coût initial était largement dépassé et que plus  d’ 1/3 du percement n’avait pas été exécuté.

Appel à Gustave Eiffel

Dès le début 1887, le projet de canaux à écluses réapparait sachant que Gustave Eiffel, visionnaire hors pair, restait à l’affût et dès 1886, il savait que son choix réapparaitrait un jour et avait établi des études et financement avec l’aide de connaissance influentes.
Le 10 décembre 1887,  sollicité, Gustave Eiffel signe un contrat avec Charles de Lesseps, fils de Ferdinand de Lesseps pour l’éxecution de 10 écluses  pour une navigation provisoire  pendant l’achèvement des travaux d’excavation pour le montant de 103 millions de frs dans un délai de 30 mois. 
Une somme de 18 millions sera versée à Gustave Eiffel sans aucun contrôle.

Il n’effectuera aucun travaux. 

Le côté financier

Le 3 mars 1881, constitution de la Compagnie universelle du canal interocéanique avec un capital de 300 millions de fr qui s’avère très rapidement insuffisant.
– 7 septembre 1882 : Emprunts sous forme d’obligations : 109 millions de Frs
– 3 octobre 1883  171 millions de Frs
– 25 septembre 1884  145 millions de Frs
– 3 août 1886  206 millions de Frs
– 26 juillet 1887 114 millions de Frs
Un nouvel emprunt n’apporte de 35 millions de Frs 
Ferdinand de Lesseps demande l’autorisation d’émettre des obligations à lots mais n’obtient pas les résultats escomptés. 305 millions sont souscrits pour 720 millions demandés.
Le montant total atteignait 1,4 milliards de Frs.

Le 14 décembre 1888, le conseil d’administration décide de suspendre ses paiements.
le 5 février 1889, le tribunal civil de la Seine prononça la dissolution de la Société.

L’affaire éclate au grand jour

Le 20 novembre 1892, Edouard Drumont, publie dans le journal nationaliste et antisémite  « La Libre Parole« , « Les dessous de Panama ». Une série d’articles mettent en cause un vaste système de corruption mis en place par la Compagnie et impliquant des hommes politiques, des financiers, des journalistes et des entrepreneurs. Gustave Eiffel ne sera pas épargné.
la Compagnie a monnayé le vote d’un certain nombre de parlementaires et distribué de l’argent dans tous les milieux, y compris celui de la presse. Une instruction est ouverte contre Ferdinand et Charles de Lesseps.

Edouard Drumont

Dans la nuit du 19 au 20 novembre 1892, le banquier Jacques de Reinach, ami de Gustave Eiffel a été retrouvé mort chez lui.
Léopold Arton qui a monnayé le vote d’une centaine de députés  s’enfuient à l’étranger.
Une commission parlementaire est nommée. le gouvernement Loubet est renversé. Les noms des 104  hommes politiques qui se sont laissés corrompre en acceptant des chèques, sont publiés.
Le 16 décembre 1892,  arrestation de Marius Fontane, Charles de Lesseps, Henri Cottu. En raison de son état de santé   Ferdinand de Lesseps  alors agé de 87 ans, malade  sera épargné.

Le procès

10 Janvier 1893  ouverture du procès qui aura ruiné près de 90 000 souscripteurs.
Se retrouvent sur le banc des accusés, Ferdinand (Absent) et Charles de Lesseps,  Marius Fontane et Henri Cottu.
Gustave 
Eifel était seul à comparaître libre accompagné de son avocat Waldeck-Rousseau.
Ferdinand et Charles de Lesseps furent condamnés à 5 ans de prison et 3 000 Frs d’amende pour escroquerie et d’abus de confiance (Ferdinand de Lesseps, malade ne sera pas incarcéré.
Marius Fontane et Henri Cottu furent condamnés à 2 ans de prison et 3 000 Frs d’amende pour escroquerie et d’abus de confiance
Gustave Eiffel de complicité d’escroquerie et d’abus de confiance.

Gustave Eiffel

Le 9 février 1893, G Eiffel est condamné à 2 années d’emprisonnement et 20 000Fs d’amende pour complicité d’escroquerie et d’abus de confiance. Mais il restera libre.
Le 15 juin 1893, la cour de cassation casse et annule l’arrêt du 9 février, il est libre mais non blanchi.
Il tenta maintes fois de justifier son rôle, mais il lui était reproché d’être le seul  à tirer bénéfice de ce désastre qui a par ailleurs ruiné de très nombreux petits épargnants.
Après ces années de procédure ou son image s’est fort dégradé, il quittera  le milieu industriel 

Le canal du Panama et les américains

Pour 40 millions les Etats Unis rachètent les droits de l’entreprise française et concluent un accord en 1903 avec la Colombie, territoire à l’époque du Panama. Des conflits surgissent concernant ce territoire Panaméen, les Etats Unis soutiennent le mouvement indépendantiste panaméen qui obtient l’indépendance. Les Etats Unis  prennent le contrôle du Panama par le traité Hay-Bunau-Varilla garantissant une protection militaire pour le Panama et une dissuation militaire à l’égard de la  Colombie en cas de reconquête.
La construction du canal reprend dans une configuration avec 3 écluses et l’inauguration s’effectuera en 1913.

Les américains avaient délimité une zone de 8km de large y installant des bases américaines, déclenchant un mécontentement du peuple Panaméen voyant leur territoire perdu et  des profits principalement pour la  cause américaine.
De nombreuses manifestations se sont succédées. Des affrontements on eut lieu en 1858 et en janvier 1964 faisant 20 morts parmi les panaméens.
Suite à cela Roberto Chiari, président de l’époque suspendit les accords afin de déboucher sur un nouveau traité restaurant la souveraineté panaméenne.
Des années de négociation ont débouché en 1977 un accord signé par Jimmy Carter pour une fin progressive  de la gestion américaine et une restitution au Panama qui sera officialisé le 31 décembre 1999.

Aujourd'hui

Près de 15 000 navires transportant 450 millions de tonnes de cargaison  empruntent chaque année le canal de Panama. Des pilotes qualifiés se chargent de la navigation sur les 80km du passage.
Aujourd’hui le canal rapporte 2 milliards de $ par an. 

Aujourd’hui le canal  du Panama refait parler de lui avec le président Donald Trump qui désire en reprendre le contrôle. 

Et si le français Alphonse Godin de Lépinay avait construit le canal du Panama

En mai 1879, lors du Congrès international d’études du Canal interocéanique, parmi les 11 projets, le français Alphonse Godin de Lépinay s’est vu refuser son projet à écluses, 500 millions moins couteux que celui de Ferdinand de Lesseps et possédant une connaissance des régions tropicales de l’Amérique centrale
Pour défendre son projet, Alphonse Godin de Lépinay dit lors du vote: « Coûtant 500 millions de moins que le canal à niveau (= celui de Lesseps), il (= le canal à écluses de Lépinay) est le seul, d’après les américains, qui puisse rémunérer les capitaux. Enfin, et cela est le plus considérable, pour moi qui ai fait exécuter des travaux

en Amérique tropicale, en réduisant les travaux insalubres à leur minimum, il épargne la vie à plus de 50 000 hommes, sacrifiés sans utilité, dans l’exécution du canal à niveau ».     Source

Le cours de l’histoire serait changé d’autant que la reprise de la construction  suivait scrupuleuresement les plans de Alphonse Godin de Lépinay. La France, les souscripteurs nen aurait tiré que des bénéfices et des dizaine de milliers de vies auraient été épargnées.

Source

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